Nous connaissons très bien les obstacles quotidiens auxquels sont confrontées les personnes queer. Mais qu’en est-il lorsqu’on est également en fauteuil roulant ?
Vivre en fauteuil roulant, c’est faire face à des obstacles physiques et sociaux. Être queer, c’est se situer en dehors des attentes hétéronormatives. Lorsque les deux situations sont réunies, le « rôle de marginal » est renforcé et les personnes concernées sont souvent poussées au ban de la société. Ou peut-être pas ? Nous menons l’enquête…
Une minorité au sein de la minorité
Selon le Centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés, environ 40 000 personnes en Suisse vivent en fauteuil roulant. Une étude réalisée par Ipsos montre que dans notre pays, 13 % des personnes interrogées s’identifient comme LGBT+, ce qui représente le troisième taux le plus élevé parmi les 30 pays étudiés. Parmi elles, 6 % se décrivent comme transgenres, non binaires, genderfluides ou autres que masculines ou féminines – la Suisse occupe même la première place sur ce point. Sur cette base, plus de 5 000 personnes sont en fauteuil roulant et queer.
Modèles queer à travers la Suisse
Ursula Eggli (à droite) est considérée en Suisse comme une pionnière pour les personnes non hétérosexuelles en fauteuil roulant. (Photo : Helga Leibundgut : Berne/F 5110-Fc-103 / Évènement : manifestation de personnes en situation de handicap à Berne, 20 juin 1981 / Source : Archives sociales suisses)
Ursula Eggli (1944-2008) a été une pionnière du mouvement en faveur des personnes en situation de handicap et du mouvement lesbien et gay. L’écrivaine suisse était lesbienne et, en raison d’une atrophie musculaire, elle était confinée dans un fauteuil roulant depuis son enfance. En 1977, elle a publié son premier livre intitulé « Herz im Korsett » (FR : Le cœur dans un corset). En 1979, elle a également participé au documentaire plusieurs fois primé « Behinderte Liebe » (FR : L’amour handicapé), le premier film suisse traitant de la sexualité des personnes en situation de handicap.
Il existe aujourd’hui de nombreux modèles suisses. Nous vous en présentons brièvement quelques-uns à titre d’exemple :
Taz Keller (27 ans, originaire du canton d’Argovie, résidant à Saint-Gall) se décrit comme un « package » qui ne correspond à aucune norme. (Photo : Patrick Frauchiger)
Taz Keller est une personne trans-non-binaire, polyamoureuse et pansexuelle. Le syndrome d’Ehlers-Danlos type hypermobile empêche Taz de participer à la vie sociale autrement qu’en fauteuil roulant. Taz étudie la psychologie et la sociologie, fait partie du collectif artistique queer-féministe Vulvadrachen Kollektiv et se produit avec UNAPOLOGETIC, une pièce de danse sur les normes de beauté et l’autonomisation queer, entre autres au Lila-Queer-Festival. Taz s’engage – « grâce au TDAH », selon ses propres termes – dans divers domaines, y compris en dehors de la communauté queer, par exemple auprès de l’organisation de protection des océans Sea Shepherd.
« Ce que mes identités queer et ma maladie ont en commun, c’est que j’ai autrefois normalisé les deux. En partant de moi-même, j’ai généralisé. Je pensais par exemple que tout le monde avait toujours mal au dos et que personne ne savait vraiment quoi faire des concepts d’homme et de femme. Ce n’est qu’en discutant avec d’autres que j’ai découvert que ce n’était pas le cas. Avec mon diagnostic et mes étiquettes, j’ai trouvé un nom pour cela – et pour moi-même. »
Taz Keller
Ce n’est qu’au moment de se porter candidat pour le Parti socialiste (PS) de Lucerne que Roger Seger a révélé son homosexualité – rétrospectivement, sa meilleure décision.
En raison d’une maladie neurologique, Roger Seger est en majeure partie tributaire d’un fauteuil roulant. Né à Lucerne et domicilié à Würenlos (AG), il vit depuis 33 ans avec son compagnon. Après son engagement politique en faveur de l’initiative pour l’inclusion, Roger Seger s’investit avec passion dans la communauté queer, notamment pour Pink Cross. Il est également bénévole en tant qu’accompagnateur de fin de vie.
« En tant qu’homme gay en fauteuil roulant, atteint de colite ulcéreuse et porteur d’une iléostomie, je représente simultanément quatre minorités – qui, à mon avis, ne diffèrent pas tant que ça de la majorité. Nous voulons tous être intégrés et participer activement à la vie sociale. »
Roger Seger
Selma Mosimann en est la preuve : quiconque prend ses besoins au sérieux et fait preuve d’ouverture d’esprit finit par se trouver, même après quelques détours.
Selma Mosimann est née avec une infirmité motrice cérébrale. La Saint-Galloise de 36 ans partage son expérience en tant que lesbienne en fauteuil roulant au sein de nombreuses organisations : depuis 2022, elle siège au Comité directeur de Netzwerk Avanti, est membre de l’Organisation suisse des lesbiennes LOS et de l’Association Cerebral Suisse, en particulier au sein du Réseau CerAgility et dans le cadre des formations continues de CerAdult. Pour la St. Gallen Pride, elle conseille l’équipe du comité d’organisation sur l’accessibilité et a lancé la traduction des discours en langue des signes.
« En tant que femme lesbienne en fauteuil roulant, je souhaite rendre visibles les communautés queer et handicapée, et les relier entre elles. Car je pense que ces deux mondes peuvent et doivent fonctionner ensemble. »
Selma Mosimann
Iwan (à gauche), la personne la plus importante pour lui, et Sami, son chien plein d’énergie, apportent à Franz Rullo joie de vivre et vitalité.
Iwan (à gauche), la personne la plus importante pour lui, et Sami, son chien plein d’énergie, apportent à Franz Rullo joie de vivre et vitalité.
L’histoire de vie de Franz Rullo est incroyable : mort de sa mère dans un accident de la route, enfance chez une tante qui détestait l’homosexualité, hémorragie cérébrale, paralysie partielle après une opération d’une tumeur au cerveau, paralysie médullaire complète due à sa lésion cérébrale, sans oublier les crises de vertige, les troubles de la vision, les troubles de la déglutition et de la vessie, etc. Mais abandonner n’est pas une option. En tant que membre actif de cette communauté en ligne, il partage ses expériences et motive ainsi les autres.
« Nous existons entre deux mondes – queer, paralysés, mais pas brisés. Nos corps portent des histoires, notre amour dépasse les normes. Une société qui nous ignore passe à côté de sa propre humanité. »
Franz Rullo

Avanti est un réseau créé par et pour les femmes, les lesbiennes, les personnes intersexuées, non binaires, transgenres et agenres qui vivent avec un handicap ou une maladie chronique. Son objectif est de promouvoir l’égalité et la participation sociale sans discrimination de toutes les personnes FLINTA, quels que soient leur âge, le type et la gravité de leur handicap.
Edwin Ramirez affronte les préjugés envers les personnes « qui ne correspondent pas à la norme » avec un humour profond, des apparitions publiques et un engagement fort dans le milieu.
Edwin Ramirez est une personne non binaire, neurodivergente, en fauteuil roulant en raison d’une infirmité motrice cérébrale et d’origine afro-dominicaine. Edwin s’est fait connaître en tant qu’humoriste. En 2020, Edwin a fondé avec Nina Mühlemann le collectif théâtral queer-crippe Criptonite en tant qu’artiste de performance. En tant que militant·e et codirecteur·rice de l’association Netzwerk Avanti, Edwin relie les luttes antiracistes, anti-capacitistes et queer, et en parle régulièrement dans des interviews et des podcasts.
« Cela me dérange énormément que l’on fasse toujours comme si le fait d’être queer était quelque chose de tout à fait nouveau. Pourtant, les personnes queer existent depuis aussi longtemps que l’humanité. »
Edwin Ramirez
Que signifie « crip » ?
Autrefois, « crip » était un terme péjoratif, voire une insulte, dérivé du mot anglais « cripple » (estropié). Au cours des dernières décennies, les personnes en situation de handicap se sont réapproprié ce mot. Elles souhaitent ainsi se démarquer de la vision traditionnelle et souvent discriminatoire. Mais attention : bien que cette désignation auto-choisie soit perçue par beaucoup comme positive et libératrice, « crip » reste associé à une connotation négative pour certains.
Des modèles queer à travers le monde
Marissa Bode est une actrice américaine queer. Première actrice paralysée médullaire, elle a incarné Nessarose Thropp dans les comédies musicales « Wicked » (2024) et « Wicked : Partie 2 » (2025) – un rôle qui a également entraîné des changements dans la réalité : un plateau de tournage accessible et une figurine Mattel dans les chambres d’enfants.

Queer et en fauteuil roulant – doublement en marge ?
Nous connaissons très bien les obstacles quotidiens auxquels sont confrontées les personnes en fauteuil roulant. Mais qu’en est-il lorsqu’on est également queer ?
- 20 Minutes de lecture
- 19 Décembre 2025
- Anita S.
Vivre en fauteuil roulant, c’est faire face à des obstacles physiques et sociaux. Être queer, c’est se situer en dehors des attentes hétéronormatives. Lorsque les deux situations sont réunies, le « rôle de marginal » est renforcé et les personnes concernées sont souvent poussées au ban de la société. Ou peut-être pas ? Nous menons l’enquête…
Que signifie « queer » ?
Queer (prononcé « kwier ») est un mot anglais qui signifie « étrange » ou « bizarre ». Il s’agit d’un terme générique désignant les personnes dont l’identité de genre et/ou l’orientation sexuelle (qui elles désirent ou comment elles aiment) ne correspondent pas à la norme binaire, cisgenre ou hétérosexuelle. Le terme LGBTIQ+ est aussi souvent utilisé dans ce contexte.
Aujourd’hui, de nombreuses personnes non hétérosexuelles ou cisgenres utilisent le mot « queer » comme une autodésignation positive, par exemple
- les hommes gays et les femmes lesbiennes
- les personnes bisexuelles ou asexuelles
- les personnes transgenres ou intersexuées
Vous voulez en savoir plus ? Voici un lexique contenant des explications simples des termes queer.
Une minorité au sein de la minorité
Selon le Centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés, environ 40 000 personnes en Suisse vivent en fauteuil roulant. Une étude réalisée par Ipsos montre que dans notre pays, 13 % des personnes interrogées s’identifient comme LGBT+, ce qui représente le troisième taux le plus élevé parmi les 30 pays étudiés. Parmi elles, 6 % se décrivent comme transgenres, non binaires, genderfluides ou autres que masculines ou féminines – la Suisse occupe même la première place sur ce point. Sur cette base, plus de 5 000 personnes sont en fauteuil roulant et queer.
Modèles queer à travers la Suisse

Ursula Eggli (à droite) est considérée en Suisse comme une pionnière pour les personnes non hétérosexuelles en fauteuil roulant. (Photo : Helga Leibundgut : Berne/F 5110-Fc-103 / Évènement : manifestation de personnes en situation de handicap à Berne, 20 juin 1981 / Source : Archives sociales suisses)
Ursula Eggli (1944-2008) a été une pionnière du mouvement en faveur des personnes en situation de handicap et du mouvement lesbien et gay. L’écrivaine suisse était lesbienne et, en raison d’une atrophie musculaire, elle était confinée dans un fauteuil roulant depuis son enfance. En 1977, elle a publié son premier livre intitulé « Herz im Korsett » (FR : Le cœur dans un corset). En 1979, elle a également participé au documentaire plusieurs fois primé « Behinderte Liebe » (FR : L’amour handicapé), le premier film suisse traitant de la sexualité des personnes en situation de handicap.
Quelles organisations militent en faveur des personnes queer ?

L’association Transgender Network Switzerland TGNS défend les intérêts des personnes transgenres, de leurs groupes locaux et de leurs organisations dans toute la Suisse et les met en réseau. Sur son site internet, vous trouverez une liste détaillée des organisations en Suisse alémanique, en Suisse romande et à l’international.
Il existe aujourd’hui de nombreux modèles suisses. Nous vous en présentons brièvement quelques-uns à titre d’exemple :

Taz Keller (27 ans, originaire du canton d’Argovie, résidant à Saint-Gall) se décrit comme un « package » qui ne correspond à aucune norme. (Photo : Patrick Frauchiger)
Taz Keller est une personne trans-non-binaire, polyamoureuse et pansexuelle. Le syndrome d’Ehlers-Danlos type hypermobile empêche Taz de participer à la vie sociale autrement qu’en fauteuil roulant. Taz étudie la psychologie et la sociologie, fait partie du collectif artistique queer-féministe Vulvadrachen Kollektiv et se produit avec UNAPOLOGETIC, une pièce de danse sur les normes de beauté et l’autonomisation queer, entre autres au Lila-Queer-Festival. Taz s’engage – « grâce au TDAH », selon ses propres termes – dans divers domaines, y compris en dehors de la communauté queer, par exemple auprès de l’organisation de protection des océans Sea Shepherd.
« Ce que mes identités queer et ma maladie ont en commun, c’est que j’ai autrefois normalisé les deux. En partant de moi-même, j’ai généralisé. Je pensais par exemple que tout le monde avait toujours mal au dos et que personne ne savait vraiment quoi faire des concepts d’homme et de femme. Ce n’est qu’en discutant avec d’autres que j’ai découvert que ce n’était pas le cas. Avec mon diagnostic et mes étiquettes, j’ai trouvé un nom pour cela – et pour moi-même. »
Taz Keller

Ce n’est qu’au moment de se porter candidat pour le Parti socialiste (PS) de Lucerne que Roger Seger a révélé son homosexualité – rétrospectivement, sa meilleure décision.
En raison d’une maladie neurologique, Roger Seger est en majeure partie tributaire d’un fauteuil roulant. Né à Lucerne et domicilié à Würenlos (AG), il vit depuis 33 ans avec son compagnon. Après son engagement politique en faveur de l’initiative pour l’inclusion, Roger Seger s’investit avec passion dans la communauté queer, notamment pour Pink Cross. Il est également bénévole en tant qu’accompagnateur de fin de vie.
« En tant qu’homme gay en fauteuil roulant, atteint de colite ulcéreuse et porteur d’une iléostomie, je représente simultanément quatre minorités – qui, à mon avis, ne diffèrent pas tant que ça de la majorité. Nous voulons tous être intégrés et participer activement à la vie sociale. »
Roger Seger

Pink Cross est l’organisation faîtière des hommes gays et bisexuels* en Suisse. L’association défend les intérêts de l’amour entre personnes du même sexe dans la politique et la société, propose des services de conseil et met en réseau la communauté LGBTIQ+ suisse à l’échelle nationale et internationale.
*Toutes les personnes qui considèrent appartenir au genre masculin, ainsi que les personnes d’autres genres qui s’identifient aux préoccupations de Pink Cross.

Selma Mosimann en est la preuve : quiconque prend ses besoins au sérieux et fait preuve d’ouverture d’esprit finit par se trouver, même après quelques détours.
Selma Mosimann est née avec une infirmité motrice cérébrale. La Saint-Galloise de 36 ans partage son expérience en tant que lesbienne en fauteuil roulant au sein de nombreuses organisations : depuis 2022, elle siège au Comité directeur de Netzwerk Avanti, est membre de l’Organisation suisse des lesbiennes LOS et de l’Association Cerebral Suisse, en particulier au sein du Réseau CerAgility et dans le cadre des formations continues de CerAdult. Pour la St. Gallen Pride, elle conseille l’équipe du comité d’organisation sur l’accessibilité et a lancé la traduction des discours en langue des signes.
« En tant que femme lesbienne en fauteuil roulant, je souhaite rendre visibles les communautés queer et handicapée, et les relier entre elles. Car je pense que ces deux mondes peuvent et doivent fonctionner ensemble. »
Selma Mosimann

En tant qu’association faîtière nationale pour les lesbiennes, les bisexuelles et les femmes queer, l’Organisation suisse des lesbiennes LOS s’engage à améliorer la vie des personnes concernées. Elle soutient les groupes affiliés et leurs membres, sensibilise le public à leurs préoccupations, sert d’interlocutrice pour répondre aux questions et mène un travail politique.

Iwan (à gauche), la personne la plus importante pour lui, et Sami, son chien plein d’énergie, apportent à Franz Rullo joie de vivre et vitalité.
L’histoire de vie de Franz Rullo est incroyable : mort de sa mère dans un accident de la route, enfance chez une tante qui détestait l’homosexualité, hémorragie cérébrale, paralysie partielle après une opération d’une tumeur au cerveau, paralysie médullaire complète due à sa lésion cérébrale, sans oublier les crises de vertige, les troubles de la vision, les troubles de la déglutition et de la vessie, etc. Mais abandonner n’est pas une option. En tant que membre actif de cette communauté en ligne, il partage ses expériences et motive ainsi les autres.
« Nous existons entre deux mondes – queer, paralysés, mais pas brisés. Nos corps portent des histoires, notre amour dépasse les normes. Une société qui nous ignore passe à côté de sa propre humanité. »
Franz Rullo

Avanti est un réseau créé par et pour les femmes, les lesbiennes, les personnes intersexuées, non binaires, transgenres et agenres qui vivent avec un handicap ou une maladie chronique. Son objectif est de promouvoir l’égalité et la participation sociale sans discrimination de toutes les personnes FLINTA, quels que soient leur âge, le type et la gravité de leur handicap.

Edwin Ramirez affronte les préjugés envers les personnes « qui ne correspondent pas à la norme » avec un humour profond, des apparitions publiques et un engagement fort dans le milieu.
Edwin Ramirez est une personne non binaire, neurodivergente, en fauteuil roulant en raison d’une infirmité motrice cérébrale et d’origine afro-dominicaine. Edwin s’est fait connaître en tant qu’humoriste. En 2020, Edwin a fondé avec Nina Mühlemann le collectif théâtral queer-crippe Criptonite en tant qu’artiste de performance. En tant que militant·e et codirecteur·rice de l’association Netzwerk Avanti, Edwin relie les luttes antiracistes, anti-capacitistes et queer, et en parle régulièrement dans des interviews et des podcasts.
« Cela me dérange énormément que l’on fasse toujours comme si le fait d’être queer était quelque chose de tout à fait nouveau. Pourtant, les personnes queer existent depuis aussi longtemps que l’humanité. »
Edwin Ramirez
Que signifie « crip » ?
Autrefois, « crip » était un terme péjoratif, voire une insulte, dérivé du mot anglais « cripple » (estropié). Au cours des dernières décennies, les personnes en situation de handicap se sont réapproprié ce mot. Elles souhaitent ainsi se démarquer de la vision traditionnelle et souvent discriminatoire. Mais attention : bien que cette désignation auto-choisie soit perçue par beaucoup comme positive et libératrice, « crip » reste associé à une connotation négative pour certains.
Des modèles queer à travers le monde
Marissa Bode est une actrice américaine queer. Première actrice paralysée médullaire, elle a incarné Nessarose Thropp dans les comédies musicales « Wicked » (2024) et « Wicked : Partie 2 » (2025) – un rôle qui a également entraîné des changements dans la réalité : un plateau de tournage accessible et une figurine Mattel dans les chambres d’enfants.
La joueuse néerlandaise de basket-ball en fauteuil roulant Bo Kramer assume ouvertement son homosexualité. Elle a remporté la médaille de bronze aux Jeux paralympiques d’été de 2016 et la médaille d’or aux Jeux paralympiques d’été de 2020 et 2024.
La psychologue et militante queer américaine Danielle Ann Sheypuk est connue pour avoir été élue Ms. Wheelchair NY 2012 et pour avoir été la première personne en fauteuil roulant à défiler à la Fashion Week de New York. Elle se décrit comme une « experte en sexualité » sur des thèmes tels que les rencontres, les relations et la sexualité des personnes handicapées.
Melody Powell, pansexuelle originaire d’Angleterre, partage son expérience en tant que personne queer en situation de handicap et lutte pour les droits des personnes avec un handicap et pour les droits LGBTIQ+. Elle collabore avec l’Alliance for Inclusive Education ALLFIE afin de rendre le système éducatif britannique et ses écoles plus inclusifs.

Queer et en fauteuil roulant – doublement en marge ?
Nous connaissons très bien les obstacles quotidiens auxquels sont confrontées les personnes en fauteuil roulant. Mais qu’en est-il lorsqu’on est également queer ?
- 20 Minutes de lecture
- 19 Décembre 2025
- Anita S.
Vivre en fauteuil roulant, c’est faire face à des obstacles physiques et sociaux. Être queer, c’est se situer en dehors des attentes hétéronormatives. Lorsque les deux situations sont réunies, le « rôle de marginal » est renforcé et les personnes concernées sont souvent poussées au ban de la société. Ou peut-être pas ? Nous menons l’enquête…
Que signifie « queer » ?
Queer (prononcé « kwier ») est un mot anglais qui signifie « étrange » ou « bizarre ». Il s’agit d’un terme générique désignant les personnes dont l’identité de genre et/ou l’orientation sexuelle (qui elles désirent ou comment elles aiment) ne correspondent pas à la norme binaire, cisgenre ou hétérosexuelle. Le terme LGBTIQ+ est aussi souvent utilisé dans ce contexte.
Aujourd’hui, de nombreuses personnes non hétérosexuelles ou cisgenres utilisent le mot « queer » comme une autodésignation positive, par exemple
- les hommes gays et les femmes lesbiennes
- les personnes bisexuelles ou asexuelles
- les personnes transgenres ou intersexuées
Vous voulez en savoir plus ? Voici un lexique contenant des explications simples des termes queer.
Une minorité au sein de la minorité
Selon le Centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés, environ 40 000 personnes en Suisse vivent en fauteuil roulant. Une étude réalisée par Ipsos montre que dans notre pays, 13 % des personnes interrogées s’identifient comme LGBT+, ce qui représente le troisième taux le plus élevé parmi les 30 pays étudiés. Parmi elles, 6 % se décrivent comme transgenres, non binaires, genderfluides ou autres que masculines ou féminines – la Suisse occupe même la première place sur ce point. Sur cette base, plus de 5 000 personnes sont en fauteuil roulant et queer.
Modèles queer à travers la Suisse

Ursula Eggli (à droite) est considérée en Suisse comme une pionnière pour les personnes non hétérosexuelles en fauteuil roulant. (Photo : Helga Leibundgut : Berne/F 5110-Fc-103 / Évènement : manifestation de personnes en situation de handicap à Berne, 20 juin 1981 / Source : Archives sociales suisses)
Ursula Eggli (1944-2008) a été une pionnière du mouvement en faveur des personnes en situation de handicap et du mouvement lesbien et gay. L’écrivaine suisse était lesbienne et, en raison d’une atrophie musculaire, elle était confinée dans un fauteuil roulant depuis son enfance. En 1977, elle a publié son premier livre intitulé « Herz im Korsett » (FR : Le cœur dans un corset). En 1979, elle a également participé au documentaire plusieurs fois primé « Behinderte Liebe » (FR : L’amour handicapé), le premier film suisse traitant de la sexualité des personnes en situation de handicap.
Quelles organisations militent en faveur des personnes queer ?

L’association Transgender Network Switzerland TGNS défend les intérêts des personnes transgenres, de leurs groupes locaux et de leurs organisations dans toute la Suisse et les met en réseau. Sur son site internet, vous trouverez une liste détaillée des organisations en Suisse alémanique, en Suisse romande et à l’international.
Il existe aujourd’hui de nombreux modèles suisses. Nous vous en présentons brièvement quelques-uns à titre d’exemple :

Taz Keller (27 ans, originaire du canton d’Argovie, résidant à Saint-Gall) se décrit comme un « package » qui ne correspond à aucune norme. (Photo : Patrick Frauchiger)
Taz Keller est une personne trans-non-binaire, polyamoureuse et pansexuelle. Le syndrome d’Ehlers-Danlos type hypermobile empêche Taz de participer à la vie sociale autrement qu’en fauteuil roulant. Taz étudie la psychologie et la sociologie, fait partie du collectif artistique queer-féministe Vulvadrachen Kollektiv et se produit avec UNAPOLOGETIC, une pièce de danse sur les normes de beauté et l’autonomisation queer, entre autres au Lila-Queer-Festival. Taz s’engage – « grâce au TDAH », selon ses propres termes – dans divers domaines, y compris en dehors de la communauté queer, par exemple auprès de l’organisation de protection des océans Sea Shepherd.
« Ce que mes identités queer et ma maladie ont en commun, c’est que j’ai autrefois normalisé les deux. En partant de moi-même, j’ai généralisé. Je pensais par exemple que tout le monde avait toujours mal au dos et que personne ne savait vraiment quoi faire des concepts d’homme et de femme. Ce n’est qu’en discutant avec d’autres que j’ai découvert que ce n’était pas le cas. Avec mon diagnostic et mes étiquettes, j’ai trouvé un nom pour cela – et pour moi-même. »
Taz Keller

Ce n’est qu’au moment de se porter candidat pour le Parti socialiste (PS) de Lucerne que Roger Seger a révélé son homosexualité – rétrospectivement, sa meilleure décision.
En raison d’une maladie neurologique, Roger Seger est en majeure partie tributaire d’un fauteuil roulant. Né à Lucerne et domicilié à Würenlos (AG), il vit depuis 33 ans avec son compagnon. Après son engagement politique en faveur de l’initiative pour l’inclusion, Roger Seger s’investit avec passion dans la communauté queer, notamment pour Pink Cross. Il est également bénévole en tant qu’accompagnateur de fin de vie.
« En tant qu’homme gay en fauteuil roulant, atteint de colite ulcéreuse et porteur d’une iléostomie, je représente simultanément quatre minorités – qui, à mon avis, ne diffèrent pas tant que ça de la majorité. Nous voulons tous être intégrés et participer activement à la vie sociale. »
Roger Seger

Pink Cross est l’organisation faîtière des hommes gays et bisexuels* en Suisse. L’association défend les intérêts de l’amour entre personnes du même sexe dans la politique et la société, propose des services de conseil et met en réseau la communauté LGBTIQ+ suisse à l’échelle nationale et internationale.
*Toutes les personnes qui considèrent appartenir au genre masculin, ainsi que les personnes d’autres genres qui s’identifient aux préoccupations de Pink Cross.

Selma Mosimann en est la preuve : quiconque prend ses besoins au sérieux et fait preuve d’ouverture d’esprit finit par se trouver, même après quelques détours.
Selma Mosimann est née avec une infirmité motrice cérébrale. La Saint-Galloise de 36 ans partage son expérience en tant que lesbienne en fauteuil roulant au sein de nombreuses organisations : depuis 2022, elle siège au Comité directeur de Netzwerk Avanti, est membre de l’Organisation suisse des lesbiennes LOS et de l’Association Cerebral Suisse, en particulier au sein du Réseau CerAgility et dans le cadre des formations continues de CerAdult. Pour la St. Gallen Pride, elle conseille l’équipe du comité d’organisation sur l’accessibilité et a lancé la traduction des discours en langue des signes.
« En tant que femme lesbienne en fauteuil roulant, je souhaite rendre visibles les communautés queer et handicapée, et les relier entre elles. Car je pense que ces deux mondes peuvent et doivent fonctionner ensemble. »
Selma Mosimann

En tant qu’association faîtière nationale pour les lesbiennes, les bisexuelles et les femmes queer, l’Organisation suisse des lesbiennes LOS s’engage à améliorer la vie des personnes concernées. Elle soutient les groupes affiliés et leurs membres, sensibilise le public à leurs préoccupations, sert d’interlocutrice pour répondre aux questions et mène un travail politique.

Iwan (à gauche), la personne la plus importante pour lui, et Sami, son chien plein d’énergie, apportent à Franz Rullo joie de vivre et vitalité.
L’histoire de vie de Franz Rullo est incroyable : mort de sa mère dans un accident de la route, enfance chez une tante qui détestait l’homosexualité, hémorragie cérébrale, paralysie partielle après une opération d’une tumeur au cerveau, paralysie médullaire complète due à sa lésion cérébrale, sans oublier les crises de vertige, les troubles de la vision, les troubles de la déglutition et de la vessie, etc. Mais abandonner n’est pas une option. En tant que membre actif de cette communauté en ligne, il partage ses expériences et motive ainsi les autres.
« Nous existons entre deux mondes – queer, paralysés, mais pas brisés. Nos corps portent des histoires, notre amour dépasse les normes. Une société qui nous ignore passe à côté de sa propre humanité. »
Franz Rullo

Avanti est un réseau créé par et pour les femmes, les lesbiennes, les personnes intersexuées, non binaires, transgenres et agenres qui vivent avec un handicap ou une maladie chronique. Son objectif est de promouvoir l’égalité et la participation sociale sans discrimination de toutes les personnes FLINTA, quels que soient leur âge, le type et la gravité de leur handicap.

Edwin Ramirez affronte les préjugés envers les personnes « qui ne correspondent pas à la norme » avec un humour profond, des apparitions publiques et un engagement fort dans le milieu.
Edwin Ramirez est une personne non binaire, neurodivergente, en fauteuil roulant en raison d’une infirmité motrice cérébrale et d’origine afro-dominicaine. Edwin s’est fait connaître en tant qu’humoriste. En 2020, Edwin a fondé avec Nina Mühlemann le collectif théâtral queer-crippe Criptonite en tant qu’artiste de performance. En tant que militant·e et codirecteur·rice de l’association Netzwerk Avanti, Edwin relie les luttes antiracistes, anti-capacitistes et queer, et en parle régulièrement dans des interviews et des podcasts.
« Cela me dérange énormément que l’on fasse toujours comme si le fait d’être queer était quelque chose de tout à fait nouveau. Pourtant, les personnes queer existent depuis aussi longtemps que l’humanité. »
Edwin Ramirez
Que signifie « crip » ?
Autrefois, « crip » était un terme péjoratif, voire une insulte, dérivé du mot anglais « cripple » (estropié). Au cours des dernières décennies, les personnes en situation de handicap se sont réapproprié ce mot. Elles souhaitent ainsi se démarquer de la vision traditionnelle et souvent discriminatoire. Mais attention : bien que cette désignation auto-choisie soit perçue par beaucoup comme positive et libératrice, « crip » reste associé à une connotation négative pour certains.
Des modèles queer à travers le monde
Marissa Bode est une actrice américaine queer. Première actrice paralysée médullaire, elle a incarné Nessarose Thropp dans les comédies musicales « Wicked » (2024) et « Wicked : Partie 2 » (2025) – un rôle qui a également entraîné des changements dans la réalité : un plateau de tournage accessible et une figurine Mattel dans les chambres d’enfants.
La joueuse néerlandaise de basket-ball en fauteuil roulant Bo Kramer assume ouvertement son homosexualité. Elle a remporté la médaille de bronze aux Jeux paralympiques d’été de 2016 et la médaille d’or aux Jeux paralympiques d’été de 2020 et 2024.
La psychologue et militante queer américaine Danielle Ann Sheypuk est connue pour avoir été élue Ms. Wheelchair NY 2012 et pour avoir été la première personne en fauteuil roulant à défiler à la Fashion Week de New York. Elle se décrit comme une « experte en sexualité » sur des thèmes tels que les rencontres, les relations et la sexualité des personnes handicapées.
Melody Powell, pansexuelle originaire d’Angleterre, partage son expérience en tant que personne queer en situation de handicap et lutte pour les droits des personnes avec un handicap et pour les droits LGBTIQ+. Elle collabore avec l’Alliance for Inclusive Education ALLFIE afin de rendre le système éducatif britannique et ses écoles plus inclusifs.
Sandy Ho est une personne queer d’origine asiatique-américaine, en fauteuil roulant et malentendante. Elle est fondatrice du Disability and Intersectionality Summit et co-partenaire de la campagne « Access Is Love ». En 2015, elle a été nommée « Champion of Change » par la Maison Blanche. Elle dirige actuellement le Disability Inclusion Fund chez Borealis Philanthropy.
La youtubeuse, artiste et militante Annie Segarra, également connue sous le nom d’Annie Elainey, s’engage en faveur de l’accessibilité, de la positivité corporelle et de la représentation médiatique des communautés marginalisées. Elle est queer, latino-américaine et en fauteuil roulant.
L’actrice américaine Jillian Mercado est en fauteuil roulant en raison d’une dystrophie musculaire. La mannequin d’origine dominicaine remet en question les idéaux de beauté et lutte contre la sous-représentation des personnes en situation de handicap dans l’industrie de la mode et leur stigmatisation persistante. Elle a révélé son identité queer sur Instagram.
… de nombreuses autres personnalités complètent cette liste.
Queer et paraplégique : plusieurs coming out
Rendre publique son orientation sexuelle et/ou son identité de genre est un défi. Par crainte d’une exclusion encore plus forte, les personnes non hétérosexuelles en situation de handicap font leur coming out beaucoup plus tardivement que les personnes sans handicap.
C’est ce qu’a également confirmé dans une interview accordée à EnableMe Thomas Rattay, alors référent pour les jeunes en situation de handicap au sein du réseau allemand de jeunes queer Lambda : « En règle générale, les jeunes sans handicap font leur coming out entre 15 et 17 ans. Les adolescents en situation de handicap ne font généralement leur coming out qu’au début ou au milieu de la vingtaine. »
« J’ai été avec un homme pendant huit ans, jusqu’à ma ‘deuxième puberté’ : après une longue période de recherche identitaire, j’ai fait mon coming out en tant que lesbienne en 2016. Les échanges au sein de groupes et d’organisations de femmes m’ont beaucoup aidée et m’ont montré que je n’étais pas seule. »
Selma Mosimann
À l’âge de 18 ans, Roger Seger n’a révélé son homosexualité qu’à sa famille et à son cercle d’amis les plus proches. Ce n’est qu’en 2018, dans le cadre de sa candidature au conseil municipal de Schlieren, qu’il a fait son coming out publiquement – les électrices et électeurs devaient savoir à qui ils avaient affaire et quelles étaient les causes qui lui tenaient à cœur. Roger accepte tout à fait que son partenaire de longue date ne souhaite pas révéler son homosexualité en raison de sa situation personnelle et de sa position.
« Avec le recul, faire mon coming out a été la meilleure décision que j’ai prise. Avant, inventer des histoires me demandait beaucoup d’énergie – aujourd’hui, je me sens complètement libéré. Je pense que les gens devraient être plus courageux et assumer ouvertement ce qui leur appartient. »
Roger Seger
Changement de sexe dans le registre de l’état civil
Depuis le 1er janvier 2022, il est possible de changer l’inscription du sexe en Suisse par simple déclaration auprès de l’office d’état civil. Aucun certificat médical ni procédure judiciaire n’est nécessaire à cet effet. La déclaration peut être faite avec ou sans changement de nom et coûte 75 francs.
Mariage pour tous
Depuis le 1er juillet 2022, deux personnes du même sexe peuvent se marier en Suisse. Les partenariats enregistrés antérieurs peuvent être maintenus ou convertis en mariage.
De même, Taz Keller n’a fait son coming out qu’à l’âge de 20 ans. À l’époque, Taz se décrivait comme « le cis-iateur cool » – jusqu’à ce que Taz couche pour la première fois avec sa meilleure amie. Un évènement clé qui a conduit Taz à découvrir sa véritable identité. « Je tombe amoureux d’une personne en raison de son caractère ou je me sens sexuellement attiré par elle, indépendamment de son sexe ou de son identité de genre. »
« J’ai été influencé par le fait que beaucoup pensent que l’on cherche seulement à attirer l’attention. Les réactions après un coming out sont généralement peu positives. Se trouver soi-même et admettre que l’on est différent est certes difficile, mais aussi extrêmement beau. Si nécessaire, il faut prendre ses distances avec les personnes qui ne l’acceptent pas. En contrepartie, on est accueilli à bras ouverts dans la ‘famille choisie’. »
Taz Keller
Entre capacitisme et queerphobie
Handicap et sexualité ne s’excluent pas mutuellement. Jusqu’ici, tout va bien. Toutefois, si une grande partie de la société continue de considérer les personnes en fauteuil roulant comme asexuées, infantiles ou « dans le besoin », il n’est pas étonnant que les personnes queer en fauteuil roulant soient souvent ignorées ou fétichisées.
« La plupart du temps, les personnes extérieures à la communauté me réduisent à mon fauteuil roulant, souvent aussi à mon lesbianisme, alors que je veux simplement être Selma. Quand les autres voient mes jambes poilues à la piscine, je devine ce qu’ils pensent : ils croient que je ne suis pas capable de me raser. Désolée les amis, c’est un choix délibéré ! »
Selma Mosimann
Les personnes queer en fauteuil roulant font souvent état d’une discrimination multiple. Elles ont ainsi l’impression de devoir se justifier doublement dans chaque nouvelle situation : pourquoi elles sont en fauteuil roulant et pourquoi leur identité sexuelle ne correspond pas à la norme.
Les discriminations manifestes – par des actes d’exclusion et de haine – ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Il existe des formes de discrimination moins visibles, mais tout aussi douloureuses, telles que :
- Invisibilité ou ignorance : mépris et déni de la sexualité, exclusion due à un manque d’accessibilité, annulation de rendez-vous après avoir fait son coming out
- Curiosité ou fétichisation : questions intrusives ou à caractère sexuel, voyeurisme, objectivation sexuelle (« fantasme exotique tabou »)
- Compassion et infantilisation : interprétation du handicap comme un « destin tragique » et de l’homosexualité comme un double fardeau, considération de la personne comme inférieure, infantilisation
- Discrimination par marginalisation multiple : capacitisme et queerphobie dus à l’ignorance des réalités de vie des personnes queer et physiquement différentes
« Nous ne comprenons pas ce que nous ne connaissons pas. L’incertitude et donc la résistance sont étroitement liées au manque de formation et d’information. »
Taz Keller
Même au sein de la communauté queer, certaines personnes sont victimes de capacitisme : les clubs ne sont pas accessibles en fauteuil roulant, les applications de rencontre excluent automatiquement les personnes en situation de handicap et les évènements de type pride ne sont pas toujours conçus de manière inclusive.
Ce travail de recherche confirme le « sentiment intuitif » que les personnes queer en situation de handicap sont doublement stigmatisées. Les personnes concernées sont plus souvent victimes de discrimination, notamment dans les domaines de l’éducation, du travail, des finances, de la santé et des relations intimes.

Qu’est-ce que le Panel Suisse LGBTIQ+ ?
Cette étude longitudinale menée par le Dr Tabea Hässler (Université de Zurich) et le Dr Léïla Eisner (Université de Zurich) examine chaque année depuis 2019 la situation des personnes LGBTIQ+ en Suisse. Ces psychologues sociales s’engagent scientifiquement et socialement en faveur d’une plus grande visibilité et d’une plus grande égalité.
Heureusement, les choses bougent dans ce domaine. Des projets tels que « Queer & Behinderung – Ja, uns gibt es! » (FR : Queer & handicap – Oui, nous existons !) de l’initiative Avenir Inclusif favorisent la visibilité des personnes concernées. Le magazine zurichois Pride-HAZ-Magazin a consacré un numéro aux personnes queer en situation de handicap. Et sur le plan politique, les personnes queer se font de plus en plus entendre, notamment grâce à l’auteure et conseillère nationale Anna Rosenwasser.
« Je suis agréablement surpris par les relations harmonieuses qui règnent dans le milieu queer. On me propose de l’aide, mais jamais de manière insistante. Et je suis étonné de la franchise des questions qui me sont posées – je trouve ça génial ! »
Roger Seger
Les personnes queer sont-elles victimes de discrimination en Suisse ?
Une étude réalisée en 2024 a montré que la population est généralement ouverte et bienveillante envers la communauté LGBTIQ+. Selon une enquête de population représentative encore plus récente, réalisée en avril 2025, 83 % de la population suisse soutient la communauté LGBTIQ+. Cette majorité souhaite l’égalité, la protection contre la discrimination et la fin des agressions queerphobes.
Néanmoins, les personnes LGBTIQ+ constatent une augmentation de l’intolérance et de la violence due à la propagande politique, qui vise en particulier les personnes transgenres et intersexuées. Les agressions verbales ou physiques sont motivées par des préjugés ou des idées fausses.
D’après le Rapport sur les crimes de haine de mai 2025, les personnes concernées sont exposées presque quotidiennement à la violence et à la discrimination. Les personnes marginalisées à plusieurs titres, par exemple lorsqu’elles sont queer et en situation de handicap, sont particulièrement touchées.
« À l’âge de 19 ans, mes amis et moi avons été agressés devant le Regenbogenhaus Luzern. Plus de dix personnes nous ont frappés et roués de coups de pied, nous étions complètement sans défense. Heureusement, un homme costaud est venu à notre secours. »
Roger Seger
La (non-)visibilité médiatique
Les personnes en fauteuil roulant sont fortement sous-représentées dans les médias, et les personnes queer en fauteuil roulant encore plus. Certaines personnes, en particulier les jeunes, ont besoin de modèles auxquels s’identifier pour pouvoir gérer leur propre situation.
La bonne nouvelle : les médias deviennent plus « colorés ». Le documentaire espagnol plusieurs fois primé « Yes, We Fuck! » suit six personnes présentant une « diversité fonctionnelle » et explique ouvertement et explicitement que les personnes en situation de handicap peuvent elles aussi ressentir du désir sexuel et mener une vie sexuelle active.
Le documentaire « Picture This » de Jari Osborne dresse le portrait d’Andrew Gurza, qui se décrit comme un « queer cripple ». Andrew parle de son coming out, de la perception qu’il a de lui-même et de son militantisme.

Queer et en fauteuil roulant – doublement en marge ?
Nous connaissons très bien les obstacles quotidiens auxquels sont confrontées les personnes en fauteuil roulant. Mais qu’en est-il lorsqu’on est également queer ?
- 20 Minutes de lecture
- 19 Décembre 2025
- Anita S.
Vivre en fauteuil roulant, c’est faire face à des obstacles physiques et sociaux. Être queer, c’est se situer en dehors des attentes hétéronormatives. Lorsque les deux situations sont réunies, le « rôle de marginal » est renforcé et les personnes concernées sont souvent poussées au ban de la société. Ou peut-être pas ? Nous menons l’enquête…
Que signifie « queer » ?
Queer (prononcé « kwier ») est un mot anglais qui signifie « étrange » ou « bizarre ». Il s’agit d’un terme générique désignant les personnes dont l’identité de genre et/ou l’orientation sexuelle (qui elles désirent ou comment elles aiment) ne correspondent pas à la norme binaire, cisgenre ou hétérosexuelle. Le terme LGBTIQ+ est aussi souvent utilisé dans ce contexte.
Aujourd’hui, de nombreuses personnes non hétérosexuelles ou cisgenres utilisent le mot « queer » comme une autodésignation positive, par exemple
- les hommes gays et les femmes lesbiennes
- les personnes bisexuelles ou asexuelles
- les personnes transgenres ou intersexuées
Vous voulez en savoir plus ? Voici un lexique contenant des explications simples des termes queer.
Une minorité au sein de la minorité
Selon le Centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés, environ 40 000 personnes en Suisse vivent en fauteuil roulant. Une étude réalisée par Ipsos montre que dans notre pays, 13 % des personnes interrogées s’identifient comme LGBT+, ce qui représente le troisième taux le plus élevé parmi les 30 pays étudiés. Parmi elles, 6 % se décrivent comme transgenres, non binaires, genderfluides ou autres que masculines ou féminines – la Suisse occupe même la première place sur ce point. Sur cette base, plus de 5 000 personnes sont en fauteuil roulant et queer.
Modèles queer à travers la Suisse

Ursula Eggli (à droite) est considérée en Suisse comme une pionnière pour les personnes non hétérosexuelles en fauteuil roulant. (Photo : Helga Leibundgut : Berne/F 5110-Fc-103 / Évènement : manifestation de personnes en situation de handicap à Berne, 20 juin 1981 / Source : Archives sociales suisses)
Ursula Eggli (1944-2008) a été une pionnière du mouvement en faveur des personnes en situation de handicap et du mouvement lesbien et gay. L’écrivaine suisse était lesbienne et, en raison d’une atrophie musculaire, elle était confinée dans un fauteuil roulant depuis son enfance. En 1977, elle a publié son premier livre intitulé « Herz im Korsett » (FR : Le cœur dans un corset). En 1979, elle a également participé au documentaire plusieurs fois primé « Behinderte Liebe » (FR : L’amour handicapé), le premier film suisse traitant de la sexualité des personnes en situation de handicap.
Quelles organisations militent en faveur des personnes queer ?

L’association Transgender Network Switzerland TGNS défend les intérêts des personnes transgenres, de leurs groupes locaux et de leurs organisations dans toute la Suisse et les met en réseau. Sur son site internet, vous trouverez une liste détaillée des organisations en Suisse alémanique, en Suisse romande et à l’international.
Il existe aujourd’hui de nombreux modèles suisses. Nous vous en présentons brièvement quelques-uns à titre d’exemple :

Taz Keller (27 ans, originaire du canton d’Argovie, résidant à Saint-Gall) se décrit comme un « package » qui ne correspond à aucune norme. (Photo : Patrick Frauchiger)
Taz Keller est une personne trans-non-binaire, polyamoureuse et pansexuelle. Le syndrome d’Ehlers-Danlos type hypermobile empêche Taz de participer à la vie sociale autrement qu’en fauteuil roulant. Taz étudie la psychologie et la sociologie, fait partie du collectif artistique queer-féministe Vulvadrachen Kollektiv et se produit avec UNAPOLOGETIC, une pièce de danse sur les normes de beauté et l’autonomisation queer, entre autres au Lila-Queer-Festival. Taz s’engage – « grâce au TDAH », selon ses propres termes – dans divers domaines, y compris en dehors de la communauté queer, par exemple auprès de l’organisation de protection des océans Sea Shepherd.
« Ce que mes identités queer et ma maladie ont en commun, c’est que j’ai autrefois normalisé les deux. En partant de moi-même, j’ai généralisé. Je pensais par exemple que tout le monde avait toujours mal au dos et que personne ne savait vraiment quoi faire des concepts d’homme et de femme. Ce n’est qu’en discutant avec d’autres que j’ai découvert que ce n’était pas le cas. Avec mon diagnostic et mes étiquettes, j’ai trouvé un nom pour cela – et pour moi-même. »
Taz Keller

Ce n’est qu’au moment de se porter candidat pour le Parti socialiste (PS) de Lucerne que Roger Seger a révélé son homosexualité – rétrospectivement, sa meilleure décision.
En raison d’une maladie neurologique, Roger Seger est en majeure partie tributaire d’un fauteuil roulant. Né à Lucerne et domicilié à Würenlos (AG), il vit depuis 33 ans avec son compagnon. Après son engagement politique en faveur de l’initiative pour l’inclusion, Roger Seger s’investit avec passion dans la communauté queer, notamment pour Pink Cross. Il est également bénévole en tant qu’accompagnateur de fin de vie.
« En tant qu’homme gay en fauteuil roulant, atteint de colite ulcéreuse et porteur d’une iléostomie, je représente simultanément quatre minorités – qui, à mon avis, ne diffèrent pas tant que ça de la majorité. Nous voulons tous être intégrés et participer activement à la vie sociale. »
Roger Seger

Pink Cross est l’organisation faîtière des hommes gays et bisexuels* en Suisse. L’association défend les intérêts de l’amour entre personnes du même sexe dans la politique et la société, propose des services de conseil et met en réseau la communauté LGBTIQ+ suisse à l’échelle nationale et internationale.
*Toutes les personnes qui considèrent appartenir au genre masculin, ainsi que les personnes d’autres genres qui s’identifient aux préoccupations de Pink Cross.

Selma Mosimann en est la preuve : quiconque prend ses besoins au sérieux et fait preuve d’ouverture d’esprit finit par se trouver, même après quelques détours.
Selma Mosimann est née avec une infirmité motrice cérébrale. La Saint-Galloise de 36 ans partage son expérience en tant que lesbienne en fauteuil roulant au sein de nombreuses organisations : depuis 2022, elle siège au Comité directeur de Netzwerk Avanti, est membre de l’Organisation suisse des lesbiennes LOS et de l’Association Cerebral Suisse, en particulier au sein du Réseau CerAgility et dans le cadre des formations continues de CerAdult. Pour la St. Gallen Pride, elle conseille l’équipe du comité d’organisation sur l’accessibilité et a lancé la traduction des discours en langue des signes.
« En tant que femme lesbienne en fauteuil roulant, je souhaite rendre visibles les communautés queer et handicapée, et les relier entre elles. Car je pense que ces deux mondes peuvent et doivent fonctionner ensemble. »
Selma Mosimann

En tant qu’association faîtière nationale pour les lesbiennes, les bisexuelles et les femmes queer, l’Organisation suisse des lesbiennes LOS s’engage à améliorer la vie des personnes concernées. Elle soutient les groupes affiliés et leurs membres, sensibilise le public à leurs préoccupations, sert d’interlocutrice pour répondre aux questions et mène un travail politique.

Iwan (à gauche), la personne la plus importante pour lui, et Sami, son chien plein d’énergie, apportent à Franz Rullo joie de vivre et vitalité.
L’histoire de vie de Franz Rullo est incroyable : mort de sa mère dans un accident de la route, enfance chez une tante qui détestait l’homosexualité, hémorragie cérébrale, paralysie partielle après une opération d’une tumeur au cerveau, paralysie médullaire complète due à sa lésion cérébrale, sans oublier les crises de vertige, les troubles de la vision, les troubles de la déglutition et de la vessie, etc. Mais abandonner n’est pas une option. En tant que membre actif de cette communauté en ligne, il partage ses expériences et motive ainsi les autres.
« Nous existons entre deux mondes – queer, paralysés, mais pas brisés. Nos corps portent des histoires, notre amour dépasse les normes. Une société qui nous ignore passe à côté de sa propre humanité. »
Franz Rullo

Avanti est un réseau créé par et pour les femmes, les lesbiennes, les personnes intersexuées, non binaires, transgenres et agenres qui vivent avec un handicap ou une maladie chronique. Son objectif est de promouvoir l’égalité et la participation sociale sans discrimination de toutes les personnes FLINTA, quels que soient leur âge, le type et la gravité de leur handicap.

Edwin Ramirez affronte les préjugés envers les personnes « qui ne correspondent pas à la norme » avec un humour profond, des apparitions publiques et un engagement fort dans le milieu.
Edwin Ramirez est une personne non binaire, neurodivergente, en fauteuil roulant en raison d’une infirmité motrice cérébrale et d’origine afro-dominicaine. Edwin s’est fait connaître en tant qu’humoriste. En 2020, Edwin a fondé avec Nina Mühlemann le collectif théâtral queer-crippe Criptonite en tant qu’artiste de performance. En tant que militant·e et codirecteur·rice de l’association Netzwerk Avanti, Edwin relie les luttes antiracistes, anti-capacitistes et queer, et en parle régulièrement dans des interviews et des podcasts.
« Cela me dérange énormément que l’on fasse toujours comme si le fait d’être queer était quelque chose de tout à fait nouveau. Pourtant, les personnes queer existent depuis aussi longtemps que l’humanité. »
Edwin Ramirez
Que signifie « crip » ?
Autrefois, « crip » était un terme péjoratif, voire une insulte, dérivé du mot anglais « cripple » (estropié). Au cours des dernières décennies, les personnes en situation de handicap se sont réapproprié ce mot. Elles souhaitent ainsi se démarquer de la vision traditionnelle et souvent discriminatoire. Mais attention : bien que cette désignation auto-choisie soit perçue par beaucoup comme positive et libératrice, « crip » reste associé à une connotation négative pour certains.
Des modèles queer à travers le monde
Marissa Bode est une actrice américaine queer. Première actrice paralysée médullaire, elle a incarné Nessarose Thropp dans les comédies musicales « Wicked » (2024) et « Wicked : Partie 2 » (2025) – un rôle qui a également entraîné des changements dans la réalité : un plateau de tournage accessible et une figurine Mattel dans les chambres d’enfants.
La joueuse néerlandaise de basket-ball en fauteuil roulant Bo Kramer assume ouvertement son homosexualité. Elle a remporté la médaille de bronze aux Jeux paralympiques d’été de 2016 et la médaille d’or aux Jeux paralympiques d’été de 2020 et 2024.
La psychologue et militante queer américaine Danielle Ann Sheypuk est connue pour avoir été élue Ms. Wheelchair NY 2012 et pour avoir été la première personne en fauteuil roulant à défiler à la Fashion Week de New York. Elle se décrit comme une « experte en sexualité » sur des thèmes tels que les rencontres, les relations et la sexualité des personnes handicapées.
Melody Powell, pansexuelle originaire d’Angleterre, partage son expérience en tant que personne queer en situation de handicap et lutte pour les droits des personnes avec un handicap et pour les droits LGBTIQ+. Elle collabore avec l’Alliance for Inclusive Education ALLFIE afin de rendre le système éducatif britannique et ses écoles plus inclusifs.
Sandy Ho est une personne queer d’origine asiatique-américaine, en fauteuil roulant et malentendante. Elle est fondatrice du Disability and Intersectionality Summit et co-partenaire de la campagne « Access Is Love ». En 2015, elle a été nommée « Champion of Change » par la Maison Blanche. Elle dirige actuellement le Disability Inclusion Fund chez Borealis Philanthropy.
La youtubeuse, artiste et militante Annie Segarra, également connue sous le nom d’Annie Elainey, s’engage en faveur de l’accessibilité, de la positivité corporelle et de la représentation médiatique des communautés marginalisées. Elle est queer, latino-américaine et en fauteuil roulant.
L’actrice américaine Jillian Mercado est en fauteuil roulant en raison d’une dystrophie musculaire. La mannequin d’origine dominicaine remet en question les idéaux de beauté et lutte contre la sous-représentation des personnes en situation de handicap dans l’industrie de la mode et leur stigmatisation persistante. Elle a révélé son identité queer sur Instagram.
… de nombreuses autres personnalités complètent cette liste.

ParaPride est une organisation anglaise d’autonomisation qui œuvre pour la visibilité, l’information et la sensibilisation des personnes LGBTQ+ en situation de handicap. Sa mission est de lutter contre le manque d’inclusion des personnes en situation de handicap au sein de la communauté LGBTQ+, de créer des espaces queer plus accessibles et de promouvoir l’acceptation de la diversité corporelle.
Queer et paraplégique : plusieurs coming out
Rendre publique son orientation sexuelle et/ou son identité de genre est un défi. Par crainte d’une exclusion encore plus forte, les personnes non hétérosexuelles en situation de handicap font leur coming out beaucoup plus tardivement que les personnes sans handicap.
C’est ce qu’a également confirmé dans une interview accordée à EnableMe Thomas Rattay, alors référent pour les jeunes en situation de handicap au sein du réseau allemand de jeunes queer Lambda : « En règle générale, les jeunes sans handicap font leur coming out entre 15 et 17 ans. Les adolescents en situation de handicap ne font généralement leur coming out qu’au début ou au milieu de la vingtaine. »
« J’ai été avec un homme pendant huit ans, jusqu’à ma ‘deuxième puberté’ : après une longue période de recherche identitaire, j’ai fait mon coming out en tant que lesbienne en 2016. Les échanges au sein de groupes et d’organisations de femmes m’ont beaucoup aidée et m’ont montré que je n’étais pas seule. »
Selma Mosimann
À l’âge de 18 ans, Roger Seger n’a révélé son homosexualité qu’à sa famille et à son cercle d’amis les plus proches. Ce n’est qu’en 2018, dans le cadre de sa candidature au conseil municipal de Schlieren, qu’il a fait son coming out publiquement – les électrices et électeurs devaient savoir à qui ils avaient affaire et quelles étaient les causes qui lui tenaient à cœur. Roger accepte tout à fait que son partenaire de longue date ne souhaite pas révéler son homosexualité en raison de sa situation personnelle et de sa position.
« Avec le recul, faire mon coming out a été la meilleure décision que j’ai prise. Avant, inventer des histoires me demandait beaucoup d’énergie – aujourd’hui, je me sens complètement libéré. Je pense que les gens devraient être plus courageux et assumer ouvertement ce qui leur appartient. »
Roger Seger
Changement de sexe dans le registre de l’état civil
Depuis le 1er janvier 2022, il est possible de changer l’inscription du sexe en Suisse par simple déclaration auprès de l’office d’état civil. Aucun certificat médical ni procédure judiciaire n’est nécessaire à cet effet. La déclaration peut être faite avec ou sans changement de nom et coûte 75 francs.
Mariage pour tous
Depuis le 1er juillet 2022, deux personnes du même sexe peuvent se marier en Suisse. Les partenariats enregistrés antérieurs peuvent être maintenus ou convertis en mariage.
De même, Taz Keller n’a fait son coming out qu’à l’âge de 20 ans. À l’époque, Taz se décrivait comme « le cis-iateur cool » – jusqu’à ce que Taz couche pour la première fois avec sa meilleure amie. Un évènement clé qui a conduit Taz à découvrir sa véritable identité. « Je tombe amoureux d’une personne en raison de son caractère ou je me sens sexuellement attiré par elle, indépendamment de son sexe ou de son identité de genre. »
« J’ai été influencé par le fait que beaucoup pensent que l’on cherche seulement à attirer l’attention. Les réactions après un coming out sont généralement peu positives. Se trouver soi-même et admettre que l’on est différent est certes difficile, mais aussi extrêmement beau. Si nécessaire, il faut prendre ses distances avec les personnes qui ne l’acceptent pas. En contrepartie, on est accueilli à bras ouverts dans la ‘famille choisie’. »
Taz Keller
Entre capacitisme et queerphobie
Handicap et sexualité ne s’excluent pas mutuellement. Jusqu’ici, tout va bien. Toutefois, si une grande partie de la société continue de considérer les personnes en fauteuil roulant comme asexuées, infantiles ou « dans le besoin », il n’est pas étonnant que les personnes queer en fauteuil roulant soient souvent ignorées ou fétichisées.
« La plupart du temps, les personnes extérieures à la communauté me réduisent à mon fauteuil roulant, souvent aussi à mon lesbianisme, alors que je veux simplement être Selma. Quand les autres voient mes jambes poilues à la piscine, je devine ce qu’ils pensent : ils croient que je ne suis pas capable de me raser. Désolée les amis, c’est un choix délibéré ! »
Selma Mosimann
Les personnes queer en fauteuil roulant font souvent état d’une discrimination multiple. Elles ont ainsi l’impression de devoir se justifier doublement dans chaque nouvelle situation : pourquoi elles sont en fauteuil roulant et pourquoi leur identité sexuelle ne correspond pas à la norme.
Les discriminations manifestes – par des actes d’exclusion et de haine – ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Il existe des formes de discrimination moins visibles, mais tout aussi douloureuses, telles que :
- Invisibilité ou ignorance : mépris et déni de la sexualité, exclusion due à un manque d’accessibilité, annulation de rendez-vous après avoir fait son coming out
- Curiosité ou fétichisation : questions intrusives ou à caractère sexuel, voyeurisme, objectivation sexuelle (« fantasme exotique tabou »)
- Compassion et infantilisation : interprétation du handicap comme un « destin tragique » et de l’homosexualité comme un double fardeau, considération de la personne comme inférieure, infantilisation
- Discrimination par marginalisation multiple : capacitisme et queerphobie dus à l’ignorance des réalités de vie des personnes queer et physiquement différentes
« Nous ne comprenons pas ce que nous ne connaissons pas. L’incertitude et donc la résistance sont étroitement liées au manque de formation et d’information. »
Taz Keller
Même au sein de la communauté queer, certaines personnes sont victimes de capacitisme : les clubs ne sont pas accessibles en fauteuil roulant, les applications de rencontre excluent automatiquement les personnes en situation de handicap et les évènements de type pride ne sont pas toujours conçus de manière inclusive.
Ce travail de recherche confirme le « sentiment intuitif » que les personnes queer en situation de handicap sont doublement stigmatisées. Les personnes concernées sont plus souvent victimes de discrimination, notamment dans les domaines de l’éducation, du travail, des finances, de la santé et des relations intimes.

Qu’est-ce que le Panel Suisse LGBTIQ+ ?
Cette étude longitudinale menée par le Dr Tabea Hässler (Université de Zurich) et le Dr Léïla Eisner (Université de Zurich) examine chaque année depuis 2019 la situation des personnes LGBTIQ+ en Suisse. Ces psychologues sociales s’engagent scientifiquement et socialement en faveur d’une plus grande visibilité et d’une plus grande égalité.
Heureusement, les choses bougent dans ce domaine. Des projets tels que « Queer & Behinderung – Ja, uns gibt es! » (FR : Queer & handicap – Oui, nous existons !) de l’initiative Avenir Inclusif favorisent la visibilité des personnes concernées. Le magazine zurichois Pride-HAZ-Magazin a consacré un numéro aux personnes queer en situation de handicap. Et sur le plan politique, les personnes queer se font de plus en plus entendre, notamment grâce à l’auteure et conseillère nationale Anna Rosenwasser.
« Je suis agréablement surpris par les relations harmonieuses qui règnent dans le milieu queer. On me propose de l’aide, mais jamais de manière insistante. Et je suis étonné de la franchise des questions qui me sont posées – je trouve ça génial ! »
Roger Seger
Les personnes queer sont-elles victimes de discrimination en Suisse ?
Une étude réalisée en 2024 a montré que la population est généralement ouverte et bienveillante envers la communauté LGBTIQ+. Selon une enquête de population représentative encore plus récente, réalisée en avril 2025, 83 % de la population suisse soutient la communauté LGBTIQ+. Cette majorité souhaite l’égalité, la protection contre la discrimination et la fin des agressions queerphobes.
Néanmoins, les personnes LGBTIQ+ constatent une augmentation de l’intolérance et de la violence due à la propagande politique, qui vise en particulier les personnes transgenres et intersexuées. Les agressions verbales ou physiques sont motivées par des préjugés ou des idées fausses.
D’après le Rapport sur les crimes de haine de mai 2025, les personnes concernées sont exposées presque quotidiennement à la violence et à la discrimination. Les personnes marginalisées à plusieurs titres, par exemple lorsqu’elles sont queer et en situation de handicap, sont particulièrement touchées.
« À l’âge de 19 ans, mes amis et moi avons été agressés devant le Regenbogenhaus Luzern. Plus de dix personnes nous ont frappés et roués de coups de pied, nous étions complètement sans défense. Heureusement, un homme costaud est venu à notre secours. »
Roger Seger
Que faire en cas d’agression ?
- Quittez la zone de danger dès que la situation le permet.
- Demandez de l’aide et organisez les soins médicaux si nécessaire.
- Appelez la police au numéro d’urgence 117.
- Demandez aux témoins de rester sur place et recueillez des preuves.
- Mémorisez le ou les auteurs de l’agression et la direction dans laquelle ils ont pris la fuite.
- Signalez l’incident à la LGBTIQ-Helpline à l’aide du formulaire de signalement.
Depuis 2020, les signalements ont quintuplé. En 2024, 309 crimes haineux contre des personnes LGBTIQ+ ont été signalés, soit près de six par semaine. Ces incidents comprennent des agressions physiques, des violences verbales – notamment du harcèlement et du cyberharcèlement –, des agressions sexuelles, ainsi que de l’ignorance et de la discrimination dans le milieu professionnel, dans les relations avec les institutions publiques et dans le secteur de la santé.

Les conseillers et conseillères queer de la LGBTIQ-Helpline vous apportent une aide gratuite et confidentielle pour toutes les questions relatives à votre orientation sexuelle, votre identité de genre ou votre intersexualité : du lundi au vendredi, de 19 h à 21 h, par chat et par téléphone au 0800 133 133, ainsi qu’à tout moment par e-mail. Les crimes haineux peuvent être signalés via le formulaire de signalement.
La (non-)visibilité médiatique
Les personnes en fauteuil roulant sont fortement sous-représentées dans les médias, et les personnes queer en fauteuil roulant encore plus. Certaines personnes, en particulier les jeunes, ont besoin de modèles auxquels s’identifier pour pouvoir gérer leur propre situation.
La bonne nouvelle : les médias deviennent plus « colorés ». Le documentaire espagnol plusieurs fois primé « Yes, We Fuck! » suit six personnes présentant une « diversité fonctionnelle » et explique ouvertement et explicitement que les personnes en situation de handicap peuvent elles aussi ressentir du désir sexuel et mener une vie sexuelle active.
Le documentaire « Picture This » de Jari Osborne dresse le portrait d’Andrew Gurza, qui se décrit comme un « queer cripple ». Andrew parle de son coming out, de la perception qu’il a de lui-même et de son militantisme.
« Ce qui me dérange, ce n’est pas d’avoir une apparence féminine, mais la façon dont mon corps est perçu et ‘catalogué’ par les autres. Si le fait d’être transgenre est accepté, davantage de personnes pourront assumer leur différence, comme cela a été le cas pour les gauchers. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de pouvoir expliquer comment fonctionne la vitesse de la lumière pour l’accepter. »
Taz Keller
Conclusion : le mouvement arc-en-ciel est en marche
Même si de plus en plus de personnes queer en fauteuil roulant font leur coming out ou participent à des marches, des prides, etc., elles sont victimes en Suisse d’une discrimination multiple et souvent ignorée, en raison de leur homosexualité et de leur handicap. Les personnes concernées se battent activement pour plus de visibilité, d’autodétermination sexuelle et d’accessibilité. Des chiffres concrets font défaut, mais la communauté devient plus visible et plus bruyante, et elle réclame des changements politiques et sociaux.
Évènements pour les personnes queer en Suisse
- Le calendrier des évènements et des prides de gay.ch offre un aperçu de tous les grands évènements queer et prides en Suisse pour l’année en cours.
- Pinkcross, la plus grande organisation faîtière LGBTIQ+, propose un agenda des évènements queer, conférences, tables rondes et soirées.
- L’organisation de jeunesse queer Milchjugend tient à jour un calendrier répertoriant de nombreux lieux de rencontre et évènements destinés aux jeunes et à la communauté dans les villes de Suisse alémanique.
- QueerAlternBern, Du-bist-du, Queer Lozärn et Eventfrog proposent également des aperçus complets des évènements locaux, des rencontres, des prides et des soirées queer.