Discours

Discours à la Pride de Berne

27.07.2026 – de Momo Schraner, membre du comité de la LOS

Mes cher·ère·x·s,

Aujourd’hui, j’ai décidé de parler du sujet le plus kitsch qui soit, j’ai nommé : l’espoir. Après tout, c’est la Pride. Un peu de kitsch me semble tout à fait opportun. Voici donc un peu de paillettes rhétoriques.

Je parle aujourd’hui au nom de la LOS, l’Organisation suisse des lesbiennes. En tant qu’organisation faîtière nationale, nous défendons les droits des personnes lesbiennes, bisexuelles et queer. En tant que femme trans* lesbienne, et compte tenu des événements de l’année dernière, je tiens à souligner combien la collaboration avec les autres organisations faîtières est précieuse, et combien je suis infiniment reconnaissante, en cette période où la transphobie connaît un regain considérable, du travail accompli par les organismes comme TGNS et le Trans-Emergency-Fund.

Honnêtement, je n’ai pas besoin de vous dire à quel point cette dernière année a été merdique pour beaucoup d’entre nous. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point il est grave que le « premier parti de Suisse » tente de priver les enfants de leurs droits à coups d’initiatives transphobes. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point il est grave que les personnes queer soient aujourd’hui plus discriminées que jamais à travers le monde, et que des droits humains conquis de haute lutte soient remis en cause et rognés à un rythme qui ne laisse guère de place à la résistance. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point il est répugnant de voir avec quelle ignorance les soi-disant démocraties soutiennent les génocides et bafouent les droits humains dès qu’il s’agit de leurs frontières, et je n’ai pas besoin de vous dire que, dans ce contexte, reconnaître la queerophobie comme motif d’asile est vraiment le strict minimum. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il est totalement irresponsable que les enfants des familles queer ne bénéficient toujours pas de la même protection que les autres ni combien le débat politique sur l’adoption des enfants du ou de la partenaire est épuisant. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’en Suisse, l’état civil accuse un retard abyssal sur la réalité (encore aujourd’hui, seulement deux mentions binaires de genre possibles), et qu’il est ahurissant que les personnes intersexuées, non binaires et agenres se voient ainsi refuser le droit d’exister. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point il est grave que des femmes trans* soit expulsées de force des « espaces protégés » réservés aux femmes. Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne peux même pas mentionner la moitié de ce qui m’anime aujourd’hui, car huit minutes de temps de parole ne suffiront jamais à résumer une année entière de défaillances structurelles et de backlash fasciste. Je n’ai pas besoin de vous dire toutes ces choses, parce que vous le savez. Parce que ce sont nos vies avec lesquelles on fait de la politique.

Toutes ces choses ne sont pas normales. Elles sont graves, elles blessent. Nous devons en parler et nous battre, ce qui est plus difficile maintenant que les multinationales tournent de nouveau le dos aux Prides, car ça n’est plus commode. Eh bien, oui, c’est incommode. Nous sommes incommodes. Stonewall was a riot. Et si les entreprises ne sont prêtes à nous soutenir que tant c’est commode et rentable, cela ne signifie pas, a contrario, que nous devrions redevenir commodes. C’est certainement que les Corporate Prides n’étaient peut-être pas une idée géniale dès le départ.

Je n’ai pas besoin de vous dire tout ça, mais je l’ai fait quand même, dans l’espoir qu’une fenêtre soit ouverte quelque part au Palais fédéral et qu’une personne du « premier parti de Suisse » y soit assise par hasard, qu’elle m’entende, et qu’elle se fasse endoctriner par les hérésies sur le genre que je débite aujourd’hui sur cette scène. Dit comme ça, ce n’est pas super plausible. Mais maintenant que la Conférence des évêques catholiques réclame officiellement l’interdiction des pratiques de conversion, j’ai recommencé à croire aux miracles.
Enfin, plus sérieusement, je crois que l’espoir, c’est en quelque sorte la capacité à croire que des choses peuvent arriver, même si on ne peut pas encore les imaginer pour l’instant.

C’est un fucking honneur de pouvoir prendre la parole ici aujourd’hui. Si on m’avait dit, quand j’étais enfant, qu’un jour, dans un avenir lointain, j’aurais l’occasion de prononcer un discours sur la Place fédérale à Berne devant tant de personnes queer, magnifiques, bruyantes et visibles, je ne l’aurais pas cru. Ce n’est pas surprenant, car, si on m’avait dit qu’un jour j’aurais un nom qui serait vraiment le mien, je ne l’aurais pas cru. Je ne l’aurais pas cru non plus si on m’avait dit que je vivrais des relations ouvertement queer et lesbiennes ou que j’aurais un jour des seins.

Jusqu’à mes 18 ans environ, je ne savais même pas que le concept de « personne trans » existait. J’ai toujours pensé que j’étais anormalx. Je n’avais ni les mots ni l’imagination nécessaire pour envisager un avenir positif. Et je suis tellement heureuse que l’histoire de ma vie soit allée à l’encontre de tout ce que j’aurais pu imaginer. Et je ne dis pas ça uniquement à cause de ma poitrine.

Je ne dis pas non plus que tout va parfaitement bien pour moi. Ces dernières années, j’ai passé beaucoup de temps en psychiatrique. Ça n’a vraiment pas été facile. Je vous épargne les détails, mais je tiens tout de même à rappeler que juillet est également le Disability Pride Month. Dans cet esprit, je tiens à exprimer toute ma solidarité à ma famille handicapée, atteinte de maladies chroniques et dingue, et tout particulièrement à celleux qui ne peuvent pas être ici aujourd’hui. Alors happy Disability Pride.

Je suis debout devant vous aujourd’hui, après ces années particulièrement éprouvantes, mais je ne le dois pas à mes mérites. Si j’y suis arrivée, c’est parce que j’ai été portée et entourée par beaucoup de personnes aimantes. C’est parce qu’une communauté m’a soutenue quand le monde me laissait tomber. Des personnes ont été là pour me redonner espoir quand je n’en avais plus, m’aidant à me battre pour retrouver confiance en moi et à comprendre qu’il était plus facile de ne pas le faire toutx seulx. Plusieurs coming outs plus tard, me voilà ici, le cœur rempli de paillettes et de sentiments un peu kitsch, et le simple fait de pouvoir à nouveau ressentir quelque chose qui ressemble à de la joie est une victoire que je n’aurais tout simplement plus crue possible il y a encore quelque temps. Si l’espoir est la capacité à croire en des choses que l’on ne peut pas encore imaginer soi-même, alors mon espoir n’est pas simplement une vision naïve du monde, mais un fondement solidement acquis sur lequel repose ma vie.

Je n’ai pas été tout à fait sincère lors de mon énumération du début. En effet, la vérité, c’est aussi que les interventions parlementaires transphobes ne feront pas l’objet d’un vote tant qu’il n’y aura pas de données scientifiques solides. Ce n’est pas le fait du hasard, mais de notre détermination. La vérité, c’est aussi que la question de l’adoption des enfants du ou de la partenaire n’est pas encore enterrée, et que la minorité n’a perdu qu’à quelques voix au Conseil des États. Et que, espérons-le, cela pourra changer. La vérité, c’est aussi que, depuis la dernière session, on a désormais officiellement quatre femmes ouvertement queer au Conseil national, et que c’est vraiment génial. La vérité, c’est aussi qu’il y a quelques semaines, une personne trans* a obtenu gain de cause devant le Tribunal fédéral : les caisses maladie devront désormais prendre en charge la congélation du sperme. La vérité, c’est aussi que la LOS a élaboré l’année dernière une stratégie sur la santé psychique, en collaboration avec les autres organisations faîtières, et que nous nous battons, aux côtés de TGNS, d’InterAction et de Pink Cross, pour sa mise en œuvre. La vérité, c’est aussi (et ça mérite d’être répété) que même la Conférence des évêques veut interdire les mesures de conversion. Toutes ces choses ne sont pas arrivées au hasard, elles sont le fruit d’un travail acharné, à l’instar de mon espoir (ce que je ne peux m’empêcher d’ajouter… tout comme mes seins ne peuvent pas s’empêcher de pousser).

Ce que je veux dire par là, c’est peut-être que le progrès et le recul peuvent avoir lieu simultanément. Nous pouvons regarder la réalité en face, constater que bien des choses vont mal en ce moment et, malgré tout (ou justement pour cette raison), nous battre chaque jour pour nos droits. Tout en sachant que nous ne sommes peut-être pas encore en mesure d’imaginer à quoi ressemblera l’avenir, mais en ayant confiance dans le fait que nous pouvons nous soutenir mutuellement pour l’aborder. Au cas où vous vous poseriez la question, c’est ça le côté kitsch dont je parlais.

La vérité, c’est aussi que d’innombrables personnes merveilleuses résistent, manifestent et dansent ici aujourd’hui. Que nous pouvons faire preuve de solidarité mutuelle, que nous nous aimons et que nous sommes là les un·e·x·s pour les autres. Que nous pouvons nous apporter mutuellement réconfort et espoir. Et ça, personne ne pourra jamais nous l’enlever.

Faites attention les un·e·x·s aux autres et happy pride.

“No Pride for some of us, Without liberation for all of us!” – Marsha P. Johnson

27.07.2026 – Discours à la Pride de Lausanne de Muriel Waeger

Chère communauté, cher et chères allié-e-x-s,

Si nous sommes là aujourd’hui c’est peut-être dans la joie pour certain-e-x, dans la légèreté et la célébration, mais c’est aussi et avant tout dans un héritage.
Marsha P. Johnson, femme trans, noire, travailleuse du sexe est souvent reconnue comme une des précurseure et lanceuse des premières prides. Et si elle et ses adelphes se sont rendues dans la rue en 1969 ce n’est pas par choix, mais par nécessité absolue.
Et aujourd’hui nous sommes porteur-x-euses de ce même combat. N’oublions jamais que si nous pouvons être ici aujourd’hui, que si nous pouvons nous tenir la main, nous embrasser, nous affirmer et être visible, c’est parce que de multiples générations se sont battues pour ça, se sont battues pour nous !
Merci du fond du cœur à touxtes nos précécésseur-x-euse
Mais notre combat ne s’arrête pas là ! Porter un héritage, c’est aussi porter une responsabilité : celle de n’oublier personne !
C’est notre responsabilité de ne laisser personne derrière nous.

Nous nous devons de reconnaitre que si certain-e-x d’entre nous peuvent célébrer en toute quiétude et dans la joie, d’autres doivent encore et toujours craindre pour leur intégrité.
Marsha P. Johnson a dit “No Pride for some of us, Without liberation for all of us!”
“Pas de pride pour certain-e-x d’entre nous, sans libération de touxtes »

et c’est avec ce mot d’ordre que nous devons mener nos luttes.
En ce moment partout autour du monde nos droits sont attaqués, nos adelphes sont criminalisé-e-x
et comme un schéma se dégage :
Ce sont d’abord les personnes trans, les personnes racisées, les personnes immigrées, les personnes en situation de handicap et les personnes précarisées qui se voient attaquées. Ces mêmes personnes, attaquées, se font ensuite antagoniser et pointer du doigt comme si ce serait de leur faute si le monde va mal.
Des Trumps, des Macrons et des Netanyahou installent une extrême droite au pouvoir qui nous utilise, qui utilise notre communauté pour expliquer l’échec de leur politique, puis ils retournent le discours et accusent les étrangers d’être à l’origine des discriminations qui nous touchent.
Les despotes essayent partout de nous diviser, les despotes utilisent nos luttes et discours passés pour mener une guerre contre nos existences.
Mes mots peuvent paraitre durs dans notre petite Suisse si inaffectée par les attaques des grands de ce monde, je suis pourtant depuis 8 ans dans nos parlements et medias pour faire du travail de plaidoyer et je peux vous assurer qu’ici aussi nous sommes joués les un-e-x contre les autres.
Ici aussi les discours d’extrême droite se durcissent et trouvent d’avantage d’emprise dans la communication publique. Ici aussi l’extrême droite est au pouvoir et nous déshumanise.
L’UDC, est le premier parti de Suisse.
L’UDC joue de ce jeu où ils s’attaquent à la fois aux étrangers, aux femmes aux personnes queer tout en hébergeant à la tête de leur parti des multimillionnaires responsable de la dégradation de la qualité de vie en Suisse et en particulier de nos communautés qui servent de boucs émissaires.
Par d’innombrables initiatives, dont la dernière qui vient d’être déjoué, ils accusent les étrangers de tous les maux, dont ceux d’être sexistes et queerphobes. Ce même parti ose pointer du doigt les soi-disants étrangers tout en votant systématiquement pour l’abrogation de divers droits des femmes et personnes queer.
Mais nous n’oublions pas. Nous n’oublions pas que c’est l’UDC qui a milité contre le droit de vote des femmes, contre l’IVG, qui a fait campagne en 2023 contre le « wokisme » et qui maintenant demande l’interdiction de mesures d’affirmation de genre chez les mineurs trans, qui nous empêchent d’obtenir un financement de notre helpline LGBTIQ ou qui veut empêcher nos familles, nos enfants d’être reconnu-e-x-s.
À force d’attaques médiatiques, publiques et politiques, leurs discours sont légitimés et nos existences questionnées. L’UDC déplace depuis 30 ans le discours public jusqu’à rendre audible ce qui ne devraient pas l’être,
l’UDC légitime des paroles qui nous discriminent et nous déshumanisent et d’autres partis comme le PLR et le centre les suivent. Ces discours arrivent même jusqu’au centre de nos communautés.
Alors que faire, me direz-vous ? Marsha P. Johnson le disait déjà en 1970, nous unir et nous solidariser. Intervenir quand nous entendons des propos qui nous discriminent ou nos adelphes, manifester comme aujourd’hui, mais aussi pour la cause palestinienne, pour la grève féministe ou le 1er mai.
Et surtout soutenir et devenir membre des associations locales qui travaillent toute l’année pour notre communauté ou soutenir notre syndicat à nous ;
les faîtières LGBTI Suisse qui font le travail médiatique, de soutien, d’information et politique pour nos droits, et ce sans subventions.
Parce que rien n’est jamais perdu quand nous nous battons ensemble
et quand nous ne nous laissons pas abattre.
Les sondages le montrent les discours de l’extrême droite, bien qu’ils obtiennent beaucoup de place, ne sont pas représentatifs de la société civile. Nous sommes plus nombreux-ses et plus talentueux-ses.
Mais pour ça nous avons besoin de vous touxtes.
• Dis crûment, c’est votre thune qui nous permet de faire du travail au parlement pour nos droits,
• c’est vous dans la rue qui nous légitimez auprès du public,
• c’est vos histoires qui sont entendus dans les ménages
• et c’est notre colère qui doit faire peur, s’ils nous attaquent.
Pour la petite anecdote, c’est notamment parce que l’une d’entre vous, s’est défendue et affirmée durant un repas de famille, que nous avons obtenu une majorité au parlement pour les droits des personnes trans en septembre 2025.
C’est bien ça notre force. Nous sommes nombreux-ses et partout. Même dans les familles conservatrices. Alors ne sous-estimez pas votre impact et votre pouvoir, même dans des conversations qui peuvent paraitre anodines.
Pour conclure, soyons visibles, aussi pour celleux qui ne peuvent pas l’être, soyons solidaires, résistons et continuons à demander tout, parce que nous ne nous contenterons pas de demis-droits,
nous nous battrons ensemble jusqu’à ce que la dernière personne d’entre nous puisse vivre dans un monde sur, joyeux et qui l’affirme dans toute sa queeress.

 

« Ensemble nous sommes fort-e-x-s »

Discours Zurich Pride 17.06.2023

Salomé Trafelet (co-directrice) et Anna-Béatrice Schmaltz (membre du comité)

C’est une grande joie pour nous d’être ici avec vous ! Nous sommes Anna-Béatrice Schmaltz et Salomé Trafelet de l’Organisation suisse des lesbiennes, la LOS. La LOS se bat pour les droits des lesbiennes, des bisexuelle-x-s et des femmes queers en Suisse – et nous le faisons avec fierté, visibilité et féminisme !

C’est une sensation extraordinaire de défiler à Zurich avec plusieurs dizaines de milliers de personnes queers, non ? Vous aussi, vous êtes grisé-e-x-s par cette journée pleine de paillettes et de frissons ?
Aujourd’hui, nous sommes visibles. Aujourd’hui, nous sommes là en très grand nombre. Aujourd’hui, toute la communauté est réunie, dans toute sa diversité. Nous baignons dans un sentiment de cohésion et de communauté. Ce que nous vivons aujourd’hui et qui m’a rendue si heureuse lors de la manifestation à travers Zurich, c’est la joie et la solidarité queers.

C’est justement de ça que nous voulons vous parler aujourd’hui : de solidarité. Pourquoi ? Pourquoi la solidarité est-elle importante ? Pour moi, la solidarité, c’est se tenir aux côtés d’autres personnes, d’autres groupes, et se défendre mutuellement.

Est-ce que vous connaissez le slogan A day without lesbians is like a day without sunshine (un jour sans lesbiennes est comme un jour sans soleil) ? Je le trouve génial. Vous connaissez aussi son histoire ? Dans les années 70, une célèbre campagne de marketing a été lancée aux États-Unis : Breakfast without orange juice is like a day without sunshine. Le problème : l’égérie de la campagne, Anita Bryant, militait en Floride contre le mouvement LGBT qui défendait ses droits. La communauté a donc réagi et s’est montrée solidaire : pendant des années, les bars gays américains n’ont plus servi de jus d’orange. C’est ainsi qu’avec beaucoup de créativité, la communauté queer a transformé le slogan marketing d’une personne homophobe en un magnifique slogan en l’honneur des lesbiennes : A day without lesbians is like a day without sunshine.

Cette solidarité-là, nous en avons besoin en ce moment. Et c’est exactement ce que nous avons vécu aujourd’hui : lesbiennes, bisexuel-le-x-s, pansexuel-le-x-s, gays, asexuel-le-x-s, personnes cis et trans, personnes non binaires et personnes intersexe – nous avons touxtes défilé aujourd’hui côte à côte dans les rues de Zurich et avons envoyé un signal fort : nous sommes nombreux-se-x-s, notre diversité est grande, et nous revendiquons le droit d’être nous-mêmes, sans discrimination, sans obstacles, sans haine ni violence. Ce moment de solidarité et de joie queer est une expérience extrêmement importante, une pause bienvenue après des mois de discussions épuisantes voire dévalorisantes dans les médias sur le langage inclusif, l’introduction d’un troisième genre à l’état civil ou le Drag Story Time.

Vous en avez sûrement entendu parler : avant le Drag Story Time à Zurich, des milieux de droite et d’extrême droite ont dénigré cet événement et ont répandu la haine. La réaction a été une grande solidarité et un grand soutien à l’événement. Plus de 450 personnes étaient présentes le jour de l’événement et ont exprimé leur solidarité pacifiquement et en couleurs. Grâce à ce soutien, le Drag Story Time a pu avoir lieu, et 100 enfants ont pu assister à ce spectacle coloré et important sur les rôles de genre.

C’est pour ça que nous voulons parler de solidarité aujourd’hui.

La solidarité au sein de la communauté signifie beaucoup de choses :

  • Nous soutenons aussi bien le gay de 50 ans qui n’a pas fait son coming out sur son lieu de travail que la personne militante qui a 100 pins colorés sur son sac à dos.
  • Des personnes queers et alliées, avec ou sans enfants, protègent le Drag Story Time.
  • Des célibataires s’engagent pour les droits des familles arc-en-ciel, et ensemble, nous luttons pour la reconnaissance de la diversité des modèles relationnels et familiaux.
  • L’année dernière, plusieurs milliers de personnes de la communauté se sont montrées solidaires avec la LOS lorsque nous n’avions pas obtenu de char à la Pride.
  • Il est important que nous, les personnes cis, soutenions des revendications même si elles ne nous concernent pas directement, que ce soit pour l’introduction d’un troisième genre ou l’extension de la norme pénale anti-discrimination à l’identité de genre.
  • Nous devons nous serrer les coudes et nous opposer fermement à l’hostilité envers les personnes queers. Ça aussi, ça fait partie de la solidarité, de ne pas laisser l’hostilité s’installer, mais de la contrer et de la combattre.
  • La solidarité, pour nous, c’est aussi s’engager pour les personnes queers réfugiées et pour les personnes queers touchées par la pauvreté.
  • La solidarité, c’est aussi être ouvert-e-x-s à la critique, l’écouter et en apprendre quelque chose.

La LOS est convaincue que nous n’avons pas seulement besoin de solidarité à l’intérieur de la communauté LGBTQIA, mais que nous devons aussi nous allier et faire preuve de solidarité au-delà des communautés et des mouvements. Il est important de relier les différentes luttes. La force de la communauté et de la solidarité a également été démontrée cette semaine par les 300 000 FLINTA (femmes, lesbiennes, inter, personnes non-binaires et trans) qui ont participé à la grève féministe de mercredi dans toute la Suisse et sont descendue-x-s ensemble dans la rue pour un avenir féministe et solidaire. Le mouvement de grève donne une place à diverses revendications pour une société égalitaire et sans discrimination. La solidarité queer-féministe nous rend fortes :

  • Les lesbiennes s’engagent pour le droit à l’avortement, même si beaucoup d’entre elles ne sont pas concernées.
  • Les féministes s’engagent pour le droit d’asile des personnes queers.

…pour ne citer que deux exemples.

Pour terminer, je voudrais parler de mon t-shirt, car il est la preuve d’une solidarité concrète. Dans les années 80, en Angleterre, les mineurs de charbon ont fait grève. Comme une longue grève finit par engloutir l’argent économisé, un groupe de gays et de lesbiennes s’est réuni à Londres pour former le LGSM (Lesbians and Gays Support the Miners : les gays et les lesbiennes soutiennent les mineurs). Ce groupe a récolté de l’argent pour les mineurs. Mon t-shirt provient d’ailleurs d’un bal de charité organisé par LGSM à Londres. Pendant cette année – car la grève a duré une année – LGSM et les familles de mineurs du pays de Galles qu’iels soutenaient sont restées en contact régulièrement et se sont rendu visite. Iels ont noué des amitiés et appris beaucoup de choses sur la réalité de leur quotidien ; pas seulement les différences – d’un côté, la mine de charbon au Pays de Galles, de l’autre, les bars gays à Londres – mais aussi le fait que quelque chose de très, très important les unissait : les deux groupes se battaient pour vivre dans la dignité et être respectés. Et même si la solidarité signifie soutenir un groupe par conviction, sans attendre de contrepartie directe, les mineurs de charbon et leurs familles ont fait preuve de solidarité en retour. L’année suivante, leur syndicat a fait pression pour que le parti de gauche s’engage officiellement en faveur des droits des personnes LGBT. Les gays et lesbiennes œuvraient déjà pour cela depuis longtemps, mais la solidarité des mineurs a permis de faire un pas important dans ce sens. Et ce, à une époque où Margaret Thatcher introduisait des lois hostiles aux personnes queers et incitait à la haine contre les personnes queers. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette histoire, je vous recommande le film Pride de 2014.

Cet exemple montre l’importance de la solidarité, surtout dans les moments difficiles. La solidarité peut faire évoluer les choses dans le bon sens, même quand les médias et les espaces de commentaires débordent de haine, même si la haine est propagée de manière ciblée pour les campagnes électorales. La solidarité donne de l’espoir. Soyons solidaires au sein de la communauté.

Soyons solidaires d’autres luttes : antiracistes, pour les droits et la participation des migrant-e-x-s et des réfugié-e-x-s aux décisions, pour les droits et l’inclusion des personnes qui ont un handicap.

Et aux allié-e-x-s parmi nous : soyez solidaires avec nous, les personnes LGBTIQ.

L’union fait la force.

Discours Basel tickt Bunt, 1.7.2023

Alessandra Widmer (co-directrice)

Je vous remercie de votre présence. Je m’appelle Alessandra, je fais partie de l’Organisation suisse des lesbiennes et je suis une Bâloise queer. Cela fait partie de mon travail de parler devant les gens. D’assumer, de dire ce qu’il en est. De faire preuve de courage, de faire entendre ma voix. Et ce, toujours avec le plus de positivité et d’empowerment possible.

En préparant ce discours, je me suis rendu compte que je n’en étais pas capable en ce moment.

Je suis fatiguée.

Je suis en colère.

Et j’ai peur.

Être fatiguée, en colère et inquiète n’est pas mon profil professionnel, mais ma réalité en tant que lesbienne à Bâle. Et ce n’est pas seulement ma réalité, mais aussi celle de mes ami-e-x-s queers, de mes colocataires, des personnes avec lesquelles j’entretiens des relations, de mes collègues de bureau et peut-être aussi de certain-e-x-s d’entre vous ici.

Ces dernières années, nous avons pu célébrer quelques succès politiques – surtout les lesbiennes, les bisexuel-le-x-s et les gays. Aujourd’hui, cela fait un an que le mariage pour toutes et tous a été introduit. Mais ce qui nous attend maintenant, ce ne sont pas des lauriers sur lesquels nous pourrions nous reposer.

Ce qui nous attend maintenant, c’est l’UDC qui fait campagne avec des slogans anti-trans.

Ce qui nous attend maintenant, ce sont de nouvelles discussions pénibles lors des repas de famille.

Ce qui nous attend maintenant, ce sont des médias à la curiosité mal placée qui veulent montrer à quel point notre communauté est divisée.

Ce qui nous attend maintenant, ce sont des nazis qui perturbent les lectures publiques et les manifestations de la Pride.

Rien de tout cela n’est nouveau, bien sûr. Mais la situation s’est aggravée. Le retour de bâton, le backlash, c’est maintenant. La communauté queer n’a jamais été aussi visible et influente qu’aujourd’hui. Mais cela nous expose aussi à des attaques.

Je crois en une chose : tôt ou tard, nous nous imposerons. Nous allons gagner. Nous pourrons défendre les droits que les générations précédentes ont obtenus pour nous. Et nous obtiendrons les droits dont nous avons encore besoin.

L’interdiction des interventions de modification du sexe chez les enfants intersexués.

Le troisième sexe officiel.

La pénalisation des tentatives de conversion.

La protection totale de nos relations et de nos familles.

…et bien sûr : l’extension de la loi bâloise sur l’égalité.

Chères personnes queers, lesbiennes, bisexuelles, gays, trans, non binaires, intersexes, asexuelles et aromantiques : ce sera un combat difficile. Nous devrons nous soutenir mutuellement. Nous devrons nous serrer les coudes comme jamais auparavant.

Et nous aurons besoin d’alliances fortes, pas seulement à l’intérieur de la communauté.

Et c’est pourquoi, cher-ère-s allié-e-s qui êtes là aujourd’hui : merci d’être avec nous, car nous avons urgemment besoin de vous. Prenez position pour nous. Et j’entends par là, pour nous touxtes : pas seulement pour les personnes qui organisent un mariage de rêve, mais aussi pour celles dont vous ne comprenez pas d’emblée la façon d’être queer.

« Zäme hebe », c’est-à-dire rester uni-e-x-s, se défendre les un-e-x-s les autres, c’est ce que nous devons touxtes faire maintenant :

Les personnes cis pour les personnes trans.

Les personnes endosexe pour les personnes intersexe.

Les hétéro pour les homo et les bi.

Les personnes sans enfants pour les familles arc-en-ciel.

Les personnes qui ne sont pas queers pour les personnes queers.

Mais aussi :

Les personnes qui ont la nationalité suisse pour celles qui ne l’ont pas.

Les personnes qui ne subissent pas de racisme pour celles qui le subissent au quotidien.

Les personnes qui profitent du patriarcat pour celles qu’il touche.

Les personnes sans handicap ni maladies chroniques pour celles qui en ont.

Les personnes avec des hauts salaires pour celles avec des bas salaires.

Ensemble, nous allons ressentir la fatigue, la colère et la peur, afin d’atteindre ensemble le bonheur et la liberté.

Notre engagement à touxtes est accompagné de tous ces sentiments. Ils sont tous légitimes, et méritent tous une place. En ce moment même, la peur, la déception et la colère doivent avoir leur place. Mais il faut aussi laisser de l’espace au bonheur et à l’espoir.

Car depuis toujours, la communauté queer a réussi à faire un sujet politique non seulement de son adversité et de ses problèmes, mais aussi de son bonheur.

J’ai commencé ce discours en parlant de ma peur et de ma colère. J’aimerais le terminer en parlant de votre bonheur, de votre queer joy. Car notre bonheur, celui pour lequel nous nous battons, fait partie de notre résistance. La joie queer est notre moteur, notre stratégie de survie.

C’est pourquoi j’ai demandé à de nombreuses personnes queers à Bâle ce que signifie pour elles la queer joy, la joie queer. Et j’aimerais vous lire leurs réponses.

  • Pour moi, la joie queer signifie me reconnaître pour la première fois dans le miroir et savoir que les autres me voient enfin comme je me suis toujours vu-e-x.
  • Pour moi, la joie queer, c’est regarder des films qui montrent et célèbrent les réalités queers.
  • Pour moi, la joie queer, c’est quand des personnes queers s’épanouissent dans des espaces safe.
  • La joie queer, pour moi, c’est marcher dans la ville main dans la main avec mes ami-e-x-s.
  • La joie queer, pour moi, c’est pouvoir dire que je suis queer et de m’en sentir fier-ère-x.
  • La joie queer, pour moi, c’est pleurer ensemble à la Pride avec mon frère dans les bras sur une chanson de Katy Perry.
  • La joie queer, pour moi, c’est pouvoir chiller seins nus devant d’autres personnes queers sans dysphorie.
  • La joie queer, pour moi, c’est voir que je ne suis pas seul-e-x et que j’ai le soutien d’une merveilleuse communauté.
  • La joie queer, pour moi, c’est pleurer dans les bras d’autres personnes queers quand je n’en peux plus.
  • Pour moi, la joie queer, c’est entrer dans le Zischbar le mardi et voir tant de gens en train de rire.

Aujourd’hui, lorsque nous partons manifester touxtes ensemble, nous ne nous battons pas seulement contre le backlash, contre le monde et ses normes ; nous nous battons aussi pour notre bonheur.

Et nous continuerons jusqu’à ce que toutes les personnes queers puissent ressentir ces moments de bonheur.

Nous continuerons jusqu’à ce que ce bonheur devienne bien plus que juste des moments.

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